Angela Kpeidja, journaliste béninoise spécialisée en communication pour la santé, s’engage fermement contre les violences sexuelles à travers deux nouvelles œuvres littéraires : « PHILOGNON, une voix qui s’élève » et « À l’encre de nos silences ». Ces ouvrages, qui abordent la question du viol et de ses conséquences, viennent enrichir la librairie béninoise et marquer un tournant dans le combat pour la justice et la réhabilitation des victimes de violences sexuelles.
Hier, jeudi 28 novembre 2024, dans les locaux de l’Institut Français de Cotonou, le lancement officiel de ces deux livres a réuni un large public, incluant des personnalités administratives et politiques telles que le Porte-parole du Gouvernement, le Président du Parti MOELE Bénin, ainsi que des acteurs de la littérature et des militants engagés dans la lutte contre les violences sexuelles.
Des œuvres au service des survivantes…
Angela Kpeidja, dans ses ouvrages, cherche avant tout à donner la parole aux victimes et à sensibiliser le public sur un problème de société encore trop souvent sous-estimé. À travers « PHILOGNON, une voix qui s’élève », une bande dessinée de 24 pages, et « À l’encre de nos silences », un récit poignant de 275 pages, elle explore l’impact du viol sur les victimes, en particulier les femmes et les enfants, tout en offrant une perspective originale et accessible.
Selon l’auteure, le choix de la bande dessinée dans « PHILOGNON » permet de traiter ce sujet délicat de manière ludique, tout en sensibilisant les plus jeunes aux conséquences dramatiques de ce fléau. La concision de cette œuvre d’environ 24 pages permet de rendre le message percutant et facilement compréhensible. De son côté, « À l’encre de nos silences », avec plus de 275 pages, est un livre plus intime et approfondi, dans lequel l’auteure, elle-même victime de viols, partage son vécu pour offrir aux autres une forme de catharsis et de guérison à travers l’écriture.
Le livre « À l’encre de nos silences » se distingue également par sa couverture marquante. La quatrième de couverture, de couleur violette, présente un résumé succinct mais puissant du contenu, tandis que la première de couverture se caractérise par un fond noir sur lequel se distingue une photo saisissante d’une femme dont les lèvres sont cousues avec des fils. Cette image symbolise le silence imposé aux victimes de violences sexuelles. En haut, le nom de l’auteure, Angela Kpeidja, est clairement visible, signalant la force et la détermination de cette voix qui s’élève contre l’injustice.
Une histoire de résilience et de solidarité
Angela Kpeidja a raconté les difficultés qu’elle a rencontrées lors de l’écriture de ces ouvrages. « Chaque fois que j’écris, c’est comme si je revivais les traumatismes du passé », confie-t-elle. L’écrivaine explique que l’écriture est pour elle une forme de guérison, mais aussi un moyen de rendre hommage à toutes les femmes et enfants qui, comme elle, ont vécu cette souffrance sans pouvoir en parler.
Au-delà de l’aspect personnel, l’ouvrage raconte aussi des histoires poignantes de victimes de viols, comme celle de la jeune fille agressée par le compagnon de sa mère. Angela Kpeidja a partagé son expérience de rencontre avec cette victime, qui, après avoir subi une crise d’angoisse en entendant son discours, a trouvé en elle une oreille attentive et un soutien.
Le combat continuel contre les violences sexuelles
Angela Kpeidja plaide pour une prise en charge plus adéquate des victimes de violences sexuelles. Selon elle, la société, le système judiciaire et même certaines institutions échouent souvent à soutenir pleinement les survivantes. « Il est essentiel que l’attention se porte sur la victime, et non sur la sanction de l’agresseur », explique-t-elle. Elle met en lumière le manque de soutien psychologique et juridique pour les victimes, mais aussi l’impunité dont bénéficient souvent les agresseurs.
La journaliste dénonce aussi le phénomène de harcèlement sexuel, qu’elle considère comme une forme de corruption dans les milieux professionnels. Elle rappelle que lorsqu’une femme accepte des avances sexuelles pour obtenir un emploi ou une promotion, cela compromet non seulement sa carrière, mais aussi l’intégrité du système.
Un changement de mentalité
Angela Kpeidja invite, à traves ces deux ouvrages, chaque individu à prendre part à la lutte contre les violences sexuelles. Elle encourage les victimes à s’exprimer et à ne pas se taire. « Le courage ne réside pas uniquement dans le fait de parler, mais dans la force de le faire, même face à l’opposition », ajoute-t-elle. Elle souligne l’importance de briser le silence et d’œuvrer collectivement pour un environnement plus sûr pour les filles et les femmes.
Grossi modo, les deux ouvrages lancés par Angela Kpeidja ne se contentent pas d’évoquer les violences sexuelles : ils appellent à l’action et à un changement radical dans la manière dont la société perçoit et traite les victimes. « PHILOGNON, une voix qui s’élève » et « À l’encre de nos silences » sont bien plus que des livres ; ce sont des cris de résistance, de guérison et d’espoir pour toutes celles qui souffrent en silence, précise l’auteure.